BOURBON, Ville d'Histoire

Bourbon est apparu au 1er siècle après J.C. au lendemain de la guerre des Gaules dans une région relativement peuplée selon les critères de l'époque, à la frontière de trois peuples celtes : Bituriges qui dominent par le nombre, Eduens et Arvernes. C'était un lieu de passage traversé dans les environs immédiats de Bourbon par les grandes voies terrestres reliant Bourges à Autun, à Lyon et à Clermont. Empruntées tour à tour par les armées gauloises et romaines, elles faisaient de ce lieu un point stratégique, toujours prêt à la rébellion, ce qui justifiait aux yeux de César le maintien sur place d'une présence militaire permanente. L'endroit se révélait particulièrement propice à l'établissement d'une garnison grâce à sa source chaude dont les bienfaits étaient connus des populations autochtones depuis des temps reculés où elles rendaient un culte à Borvo, nom vernaculaire d'un dieu celte guérisseur. Des artisans, des commerçants et un embryon d'administration s'établirent autour d'un premier établissement thermal.
 
                Entre la disparition de l'Empire romain d'Occident en 476 et le 10ème siècle, Bourbon semble n'avoir subi qu'avec retard et de façon atténuée le contre-coup de la christianisation et des invasions barbares. La région relativement calme a pourtant subi les effets de la lutte entre Pépin le Bref et son vassal, le duc d'Aquitaine Waïfre, qui affichait des velléités d'indépendance. Sur leur passage, les troupes royales incendièrent Bourbon en 761. Après le partage du royaume entre les héritiers de Charlemagne, la partie de l'Aquitaine incluant le Bourbonnais échut à Charles II le Chauve. Ses possessions étaient divisées en 15 comtés ; celui de Bourges comprenait 13 vigueries dont l'une d'elles parmi les plus puissantes avait son siège à Bourbon.
 
         Dans la féodalité naissante un certain  Aymard apparaît au 10ème siècle. Personnage important et ambitieux, il fit don d'une terre qu'il possédait à Souvigny à une communauté bénédictine dont il attendait en retour une protection au moins spirituelle. Aymon, son descendant dont le nom apparaît dans les années 950, s'approprie le promontoire rocheux qui domine Bourbon où il construit une forteresse ; dès lors il est reconnu comme sire de Bourbon. Parmi ses héritiers, Archambaud est le premier d'une longue lignée qui s'éteindra avec Archambaud IX, mort à Chypre en 1249 durant la 7ème Croisade.
 
Fruit d'une politique d'alliances avec la famille royale et les grands féodaux, les Archambaud étendent leurs territoires et leur influence au point que la seigneurie de Bourbon est promue duché en 1327. Louis Ier, petit fils de Louis IX et époux de Béatrix, dame de Bourbon, en est le premier duc et l'ancêtre direct d'Henri IV. Les neuf ducs qui se succédèrent s'illustrèrent dans les plus hautes charges du royaume et sur les champs de bataille. Ils furent également de généreux mécènes. Prétextant une affaire de succession compliquée, où se mêlaient affaires de cœur et politique, François Ier qui convoitait les richesses de son cousin Charles III de Bourbon-Montpensier, le très puissant connétable de France et dernier duc de Bourbon, confisqua le Bourbonnais qui fut définitivement rattaché à la France en 1532.
 
         Après 1532 le Bourbonnais glisse en douceur de l'administration ducale à l'administration royale. Bourbon, compris dans la généralité et intendance de Moulins, est le centre d'une châtellenie de 41 bourgs et paroisses et conserve ses prérogatives judiciaires et fiscales. Après avoir été attribué en douaire aux reines mères, Louis XIV accorde à titre héréditaire à Louis II de Condé l'usufruit d'une partie du Bourbonnais incluant Bourbon.
 
Quelques années auparavant Charles Delorme (puis De L'Orme), médecin haut en couleurs, adepte de l'hydrothérapie, bien introduit dans l'entourage de Louis XIII, fait de Bourbon la ville d'eaux à la mode, fréquentée par le tout Versailles mondain qui vient autant pour se libérer des contraintes de la vie de Cour que pour se soigner tels Gaston d'Orléans, promoteur supposé de nouvelles installations thermales, Mme de Sévigné, Mme de Montespan, les familles du cardinal Richelieu, le maréchal de la Meilleray, les princes de Condé et de Conti, Scarron, Boileau parmi d'autres... La plupart se montrèrent généreux et firent de nombreux dons aux institutions religieuses et aux nécessiteux.
 
De cette époque datent un nouveau quartier thermal, le Logis du Roy à usage d'établissement thermal et de résidence pour l'Intendant des Eaux, un important couvent de Capucins appelé à disparaître au moment de la Révolution, un établissement hospitalier, quelques hôtels particuliers, les Allées Montespan et un certain nombre de gentilhommières dispersées dans la campagne. Une bourgeoisie prospère gouverne alors la ville et investit dans la terre et l'immobilier. Ses membres sont rentiers, officiers de la châtellenie, hommes de loi. Toutefois les Bourbonnais sont en majorité des ruraux. Dans un pays de grandes propriétés, le métayage se généralise et la plupart des paysans connaissent des conditions de vie difficiles qui n'évolueront guère avant le 20ème siècle. Poussés périodiquement à la révolte, ils créeront un premier syndicat agricole en 1904.
 
         Dans la première moitié du 18ème siècle, les idées des « Lumières » pénètrent dans les milieux bourgeois. La préparation des Etats Généraux de 1789 suscite leur enthousiasme. En revanche le « petit peuple » ne participe pas encore aux événements trop accaparé par l'inquiétude des mauvaises récoltes annonciatrices de disettes et de renchérissement du coût de la vie. Les problèmes d'approvisionnement en céréales seront en effet un souci constant durant la décennie révolutionnaire et seront la cause d'incidents parfois violents.
 
Les difficultés intérieures et extérieures (crise des subsistances, crise économique et financière, luttes entre factions rivales au sein du gouvernement central et revers militaires aux frontières jusqu'à la victoire de Valmy ) amènent des tensions au plan local, attisées par l'arrivée d'hommes nouveaux sur la scène politique locale. La situation se radicalise en 1792 : le nom de « Bourbon », qui n'était pas des plus heureux à cette époque, est changé en celui de Burges-les-Bains que la ville portera jusqu'en 1802. L'événement le plus grave se produit en septembre 1793 lors du passage à Moulins de Fouché, commissaire du Gouvernement en mission dans l'Allier. Durant son bref séjour il se livre à l'épuration administrative et judiciaire, procède à la levée de contributions extraordinaires, organise la mise en place d'un Comité central de surveillance, toutes mesures dont pâtit Bourbon. Une antenne créée à Burges-les-Bains est chargée d'observer et de dénoncer les faits et gestes des ci-devants et de toute personne suspecte. Ordonnant la destruction de toute marque religieuse, la Sainte Chapelle du château est mise à sac le 13 octobre 1793.
 
Après la chute de Robespierre le 28 juillet 1794, les Bourbonnais respirent mais leurs problèmes n'en sont pas résolus pour autant. La commune ruinée est mise en demeure d'entretenir ses bâtiments. Faute de moyens, elle vend par lots la propriété des Capucins et les biens immobiliers de l'hôpital. La misère reste grande et la guerre qui se poursuit dépeuple les campagnes. L'accession au pouvoir de Bonaparte fait renaître, mais pour un temps seulement, l'espoir de paix.
 
                Durant la Révolution l'activité thermale de Bourbon a pratiquement cessé. Les installations qui n'ont pas été entretenues sont très dégradées. Talleyrand, fidèle curiste, trouve les crédits nécessaires pour les faire moderniser et pour faire racheter par l'Etat l'ancien domaine des Capucins à une trentaine de propriétaires où il fait construire une ébauche de casino, le Salon des Promenades.
 
En 1832, ce qui reste du château restitué sous la Restauration à la famille de Condé, est mis aux enchères par le représentant du très jeune duc d'Aumale qui en est l'héritier. Achille Allier, écrivain romantique et premier historien du Bourbonnais, s'en indigne et remue ciel et terre au point que le roi alerté fait annuler ce projet et sauve le château d'une destruction certaine.
 
Durant la seconde moitié du 19ème siècle Bourbon participe au fort courant de modernisation qui anime la France. De lourds travaux d'infrastructure sont engagés dont la création de la route Ygrande/Bourbon/Moulins, l'élargissement des principales rues de la ville au détriment des vestiges du passé, la création de la voie ferrée Moulins/Bourbon prolongée sur Cosnes d'Allier. Bourbon se dote d'un nouvel établissement thermal et d'un casino respectivement inaugurés en 1885 et 1888. La restauration et l'agrandissement de l'église s'étendent sur une vingtaine d'années et, autre chantier d'envergure, la couverture de la Burge mobilise les énergies de 1896 à 1909.
 
Aujourd'hui Bourbon est entré dans une nouvelle phase de développement et se modernise grâce à l'amélioration des formules d'hébergement pour répondre à la demande d'une clientèle plus exigeante, par la transformation de ses installations thermales et par la proposition de nouvelles formules de soins. Dans le domaine de l'urbanisme, la Ville soucieuse de la mise en valeur de son patrimoine bâti et d'un développement harmonieux, s'est dotée d'un PLU depuis novembre 2010 et d'une ZPPAUP adoptée en février 2010.
2004-11-22 13.56.062004-11-22 15.02.422004-11-15 16.11.502004-11-15 16.41.282004-11-15 16.33.52madame-de-montespan-by--4Madame-de-Sevigne-121950_L2004-11-05 11.31.162004-11-05 12.47.262004-11-05 11.55.002004-11-05 12.23.542004-11-15 16.40.141310768-Charles_Maurice_de_Talleyrand-Périgord2004-11-15 17.35.362004-11-15 17.38.482004-11-22 16.42.36